Texte Image construite, 2017

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L’image est toujours construite par un regard, un cadrage, une subjectivité. Il est impossible de toucher le réel nu. Il nous échappe. Constance Nouvel et Sophie Ristelhueber s’emparent de cette problématique par le biais du médium photographique, en repoussant ses limites matérielles et conceptuelles : elles travaillent le support où s’incarne l’image comme moyen d’appréhender le monde.

Particulièrement attentives à la matière, elles partagent cette nécessité d’un rapport physique et concret aux choses. Leur façon d’opérer se rapproche de l’acte chirurgical : maîtrise du geste, découpe franche qui tend à abstraire. Elles donnent à voir la surface du monde et de l’image. Le paysage lui-même se fait surface sensible. Leurs dispositifs mettent en lumière le rapport entre les images et l’espace, ils offrent à la vue un envers du décor à la fois voilé et dévoilé. Ainsi leurs pratiques redoublent la représentation, jouant de l’image de l’image.

Mais les enjeux ne semblent pas les mêmes chez ces deux artistes. Constance Nouvel inscrit ses images dans des espaces abstraits géométriques qui en donnent une nouvelle lecture et construisent un paysage mental. En regard, Sophie Ristelhueber nous livre une pénombre habitée de détails, brouillant les pistes quant à la nature de l’image, elle amène à aiguiser notre attention pour tenter de cerner ce que nous voyons. Avec sa série Tracks, elle offre au regard une énigme. La profondeur de champ et la lumière des paysages sont recouverts d’un voile noir. Par ce geste de recouvrement le grain photographique se transpose en touche de peinture. Les deux propositions convoquent des gestes, des outils de la peinture et du dessin. Les images deviennent un terrain d’investigation : jeu de construction, de déconstruction ou de reconfiguration débordant le cadre photographique.

Doriane Souilhol, mars 2017